Ce que vous dira la tête du chien…

Donc, je défends qu’il n’y a pas de concordance naturelle entre la race d’un chien et son caractère social, au plus trouverait-on des concordances entre les individus de même lignée, d’une même famille. Mais il n’y a aucune raison de ne pas rencontrer des caractères très faciles ou des caractères très difficiles au sein de toutes les races.

Maintenant, est-ce à dire qu’il n’y aurait aucune relation entre caractères et morphologies ?

La vérité est que la réponse n’est pas aussi simple, et qu’il ne nous a pas fallu moins d’une trentaine de pages dans notre ouvrage sur le comportement, ou plusieurs entretiens de notre cours sur le même sujet, pour faire le tour de cette délicate question.

Le contexte d’un billet permettrait-il de tenter un résumé ?

Nous pouvons en tout cas essayer, mais qu’on ne vienne pas ensuite nous reprocher certains raccourcis, ou des affirmations insuffisamment démontrées.

C’est un fait bien connu que beaucoup d’auteurs considèrent le chien comme un loup néoténique. Un animal sera dit néotène s’il conserve à l’âge adulte des caractères qui n’apparaissent normalement qu’aux premiers âges de sa vie.

Le jeune loup, comme le jeune chiot a les oreilles tombantes, le fouet porté haut, le museau plutôt court ; il jappe, et peut même émettre des cris qui peuvent être assimilés à des aboiements.

Mais le loup adulte a toujours les oreilles redressées, le fouet tombant, une tête forte et un museau plutôt long ; on peut dire de sa voix qu’elle a mué : elle lui sert essentiellement à émettre des hurlements, ce que ne font que de manière exceptionnelle certains chiens (dont le caniche qui, et cela va vous surprendre, est la race qui présente le plus de similitudes de comportements avec le loup).

Maintenant, retour sur les chiens adultes.

Nombreux sont ceux qui garderont des oreilles tombantes de chiots toute leur existence, et une très grande majorité vote pour un fouet systématiquement relevé. Aucune tête de chien n’atteint jamais le volume de celle d’un loup de même taille, il s’en faut même de beaucoup ! C’est même le critère le plus facile et le plus certain pour distinguer sans risque d’erreur les squelettes de chacune des deux variétés.

Presque tous les chiens gardent la faculté d’aboyer, même si les sujets de certaines races dites « primitives » ne le font pratiquement jamais.

En somme, tout se passe comme si le chien était tout simplement un loup qui a cessé de grandir pour une série de ses caractères à une étape donnée de la croissance.

Et ce qui est encore plus intéressant, c’est que ces « interruptions de croissance » sont plus ou moins précoces ou plus ou moins tardives selon les modèles.

Certaines races garderont par exemple le museau court du très jeune loup ; ce sera le cas de beaucoup de petits modèles, mais, paradoxalement, de la plupart des molosses !

Molossoïde

D’autres se distingueront par un museau un peu plus allongé, sans réellement se voir plus affiné, des oreilles qui auraient tendance à se redresser, tout en restant tombantes, et une morphologie aux proportions plus élégantes. Ce que nous venons de décrire correspond à la plupart des « races de chasse ». Mais cela correspond aussi aux louveteaux de trois à quatre mois…

Braccoïde

Viennent ensuite des museaux plus allongés, souvent accompagnés d’oreilles redressées, et d’une morphologie plus longue et plus fine. N’est-ce pas là le portrait de beaucoup de races bergères (Berger allemand, Berger belge, Colley, Beauceron…) ? Mais aussi celui du louveteau à partir de six mois ?

Lupoïde

Et pour finir, des museaux nettement plus longs, avec souvent des fouets qui ne sont plus du tout relevés et la perte partielle ou totale de la faculté d’aboyer : ce sera par exemple le cas de nombreux lévriers, mais aussi de la plupart des chiens dits nordiques ! Des silhouettes qui ne sont pas encore celles du loup adulte, mais qui s’en approchent fortement.

Graioïde

Quel est l’intérêt de ces observations ? Si l’on prétend ne s’en tenir qu’à la morphologie, cet intérêt serait en effet limité. Mais l’observateur expérimenté constate qu’à chaque morphologie s’associe presque systématiquement un schéma comportemental caractéristique.

Par exemple, aux museaux les plus longs correspondent des personnalités souvent plus adultes, moins dépendantes, ce que l’observateur mal averti prendra volontiers pour de l’indifférence.

L’éducation de ces sujets, surtout quand elle est commencée tardivement, se révèle souvent assez délicate.

Ou encore, les museaux les plus courts ont incontestablement des caractéristiques comportementales plus adolescentes : faculté d’attention plus limitée, fort besoin affectif, goût du jeu, mais moins de sens de la discipline…

Les animaux les plus faciles à vivre et à éduquer sont incontestablement ceux dont le profil est dit « lupoïde », celle du louveteau de six mois. À cet âge, l’animal commence d’accompagner les anciens à la chasse, sa maturité psychique se rapproche de celle de l’adulte ; pour autant, sans doute conscient de son inexpérience, l’individu montre envers ses aînés, non seulement ce qui s’apparente à de la soumission, une forte volonté de coopération, mais aussi une réelle affection. Or, la plupart des races bergères sont extrêmement faciles à éduquer, avec un comportement d’attention envers le conducteur tout à fait caractéristique, et une attitude naturelle à la suite.

Il n’y a donc pas de rapport entre le caractère et la race. Mais il y a des profils comportementaux nettement observables, qui correspondent à ce que l’on pourrait considérer comme une maturité de la silhouette, et notamment de la tête du crâne.

Cela est si vrai qu’il est difficile de comprendre qu’aucun traité d’éducation canine ne semble expliciter ce point. Pourtant c’est l’évidence, on ne peut pas éduquer de la même façon un museau court et un museau long, et l’on n’obtiendra pas, dans chacun des cas, des résultats identiques.

Chaque « profil » a ses charmes, mais des charmes qui ne sont pas comparables. Et c’est de ce « profil de charmes » dont il faudrait tenir compte, beaucoup plus que des critères de race, lorsqu’on veut choisir un nouveau compagnon. Pour conclure, oubliez les races, mais observez silhouettes et museaux ! Et de même qu’on ne peut espérer faire un gardien d’un chien de chasse, on ne saurait attendre des performances identiques de museaux de longueurs différentes…

En savoir plus…

2 Comments

  1. Comment dois-je faire pour que mon chien diminue d’aboyer si je sors ou si quelqu’un arrive ? Merci

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