Certains animaux sont-ils naturellement dominants, et d’autre naturellement dominés ?

Qu’on ne vienne pas me reprocher de revenir trop souvent sur ce même thème, celui de la « domination » : ce n’est pas moi, c’est… tous les autres !

Trouvez-moi en effet un livre, un article, une émission animalière, un vétérinaire, un éducateur, un journaliste, qui ne pose pas comme préalable que tous les animaux sont systématiquement et toujours répartis entre dominants et dominés ?

À vrai dire, il en existe, et de plus en plus nombreux. Mais, pas encore assez, ils sont encore trop discrets.

Mais aujourd’hui, ce que je voudrais signaler, c’est que si l’idée de domination est à ce point répandue, c’est peut-être par suite d’une mauvaise lecture ou d’une lecture approximative des premiers éthologistes qui ont exposé ce concept.

Je m’explique. La plupart des propriétaires de chiens qui ont intégré le concept « dominant – dominé » sont persuadées que leur chien est intrinsèquement « dominant ». C’est le cas de beaucoup de propriétaires masculins, et sans doute, de la totalité des propriétaires féminines.

Et quand ils ou elles ont plusieurs chiens, ils et elles veulent absolument voir que l’un d’entre eux est le « dominant » de tous les autres.

Or c’est tout autre chose qu’a décrit par exemple l’éthologiste Irenäus Eibl-Eibesfeldt en définissant ce qu’il a appelé des « unités structurales de comportement ».

Fonctionnellement, par exemple, les comportements d’agression forment avec ceux de soumission ou de fuite, une même « unité structurale ». On a ainsi démontré qu’il existait dans le cerveau du chat (mésencéphale et hypothalamus) des systèmes fonctionnels couplés pour les comportements d’attaque, de défense, et de fuite.

Cela peut faire de la peine à beaucoup, mais un comportement de domination, cela n’existe tout simplement pas. Ce qui peut exister pour certaines espèces ou certains individus, c’est une unité structurale de comportement domination – soumission.

Dit autrement, la domination et la soumission sont les deux facettes d’une même disposition comportementale, et l’animal (ou l’humain) que vous croyez dominant ne le paraît que parce qu’il se trouve dans un environnement qui lui permet d’exprimer ce rôle, mais que les circonstances changent, et il se montrera autant disposé à se trouver dominé, qu’il s’était montré dominant. Avec ce corollaire : la réciproque est vraie, et les sujets qui paraissent apparemment accepter le plus facilement d’être dominés sont tout à fait mûrs pour se montrer les plus féroces des tyrans.

Du point de vue comportemental, esclave ou tyran, cela revient strictement au même.

Pour le chien, ce qui est intéressant, c’est que s’il existe incontestablement des individus disposant de l’unité structurale du comportement dominant – dominé, d’autres en semblent quasiment dépourvus. C’est le cas par exemple de la plupart des terriers.

Voilà pourquoi l’éducation canine ne peut être uniforme. Prétendre soumettre ou dominer un authentique caractère terrier (indépendant de nature) est un non-sens, car cela ne correspond à rien chez lui. Deux terriers du même sexe pourront bien passer leur vie à se rosser, sans que jamais l’un des deux n’accepte véritablement une « domination » de l’autre.

En revanche, ils s’associeront le plus volontiers du monde pour une action à partager : une chasse, une course, ou la destruction acharnée de votre fauteuil préféré.

On ne « soumet » pas un vrai caractère terrier. Mais on peut, très facilement donc, en faire le plus agréable des partenaires.

Nota : nous développons plus en détail ce sujet dans notre cours et notre ouvrage traitant du comportement, notamment dans le chapitre « Le vrai de la dominance : rappel ».

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