L’éducation positive : le nec plus ultra de l’éducation canine ?

C’est en tout cas ce que vous entendrez dire, et dire encore ! Il n’est personne qui ne se croit quelque peu informé, de près ou de loin, sur le sujet de l’éducation des chiens, qui ne soit aujourd’hui complètement persuadé de l’immense supériorité et des bienfaits de l’éducation canine positive.

Voilà d’ailleurs qui devrait suffire à nous interpeller : quand tout le monde se trouve absolument d’accord sur un sujet donné, c’est peut-être bien qu’il s’y cache quelque loup… un loup parmi nos chiens ? Voilà qui mérite d’aller y voir de plus près !

Et tout d’abord, l’éducation positive, qu’est-ce que c’est ?

D’où ça nous vient ? Des États-Unis. En fait, il s’agit de l’ultime avatar de la pensée des psychologues comportementalistes américains.

C’est qu’avant de s’arroger le droit d’écouter le monde entier, les Américains se sont persuadés que par des pratiques habiles on pouvait manipuler n’importe quel comportement de n’importe quel être vivant, les humains y compris.

Il suffirait pour cela d’utiliser ce qu’ils ont appelé la technique des renforcements ; encourager les comportements souhaités par des renforcements « positifs », c’est-à-dire des récompenses ; décourager les comportements non souhaités par des renforcements « négatifs », autant dire des punitions.

On s’est ensuite rendu compte de quelque chose que tous les éducateurs de tous les temps savaient parfaitement, et qu’ils résumaient par des formules du genre : « on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ! », c’est que pour produire un nouveau comportement, les renforcements négatifs n’étaient d’aucune utilité.

Comme on n’a pas compris la véritable raison de cette inutilité, sur laquelle nous allons revenir plus loin, et qu’on voulait baigner dans une sorte de Rousseauisme tout imbibé de bons sentiments, on en a conclu un mode d’éducation excluant toute forme de punition, voire même toute frustration, uniquement construit sur les encouragements et les récompenses. C’est ce qu’on a donc appelé l’éducation positive, très largement appliquée, d’abord aux États-Unis, et aujourd’hui en France, tant dans les familles que dans les systèmes scolaires. Et comme il est naturel, ces beaux principes ont été également étendus à l’éducation canine.

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Pour ce qui concerne les humains, nombreux sont les psychologues et les psychiatres à dénoncer les méfaits d’une éducation strictement positive : une personnalité, pour s’épanouir, a certes besoin d’être encouragée, ce que l’on sait depuis toujours, mais pour s’affermir, il lui faut aussi rencontrer des limites, accepter des interdits, apprendre à supporter les frustrations.

Pour les chiens, je me suis toujours demandé comment les tenants de l’éducation positive, qui sont en outre très souvent d’authentiques ayatollahs, sans concession, pouvaient arriver à persuader, par exemple un animal ayant chapardé le rôti du dîner, de bien vouloir le rendre…, positivement ! Je ne vois même pas comment ils pourraient lui apprendre à ne pas chaparder ledit rôti, à moins d’en proposer, positivement bien sûr, un autre encore plus gros et plus goûteux…

Mais figurez-vous qu’au fond, peu importe ! Car le meilleur est à venir maintenant.

Petite devinette : qui paye les chercheurs psychologues comportementalistes américains ?

Réponse : en majorité, les entreprises ! Pourquoi ? Parce que les psychologues ont réussi à faire croire aux entreprises qu’ils détenaient la solution à leur problème : la motivation de leurs salariés.

Maintenant, seconde devinette : pourquoi les psychologues continuent-ils de gagner de l’argent en ne cessant d’inventer de nouvelles méthodes de motivation ?

Pour une raison incroyablement simple : parce que la motivation est une fumisterie ! Qu’elle soit négative, comme nous l’avons déjà noté ci-dessus, ou positive ! Il est tout simplement impossible de motiver réellement un individu : les résultats obtenus par ces méthodes sont toujours éphémères, et rapidement, inexistants !

C’est que, dès le milieu du siècle dernier, les éthologistes s’en étaient déjà rendu compte : les êtres vivants agissent prioritairement, non pour une récompense ou par peur d’une punition, mais parce qu’ils éprouvent un besoin très profond et très ancien d’harmonie avec leur environnement.

Est-ce à dire que l’éducation positive soit à jeter aux poubelles des idées fausses ? Oui et non.

Oui, si on veut l’appliquer à la lettre, comme une religion. Non, si l’on se contente d’en retenir l’ambiance. Nous l’avons dit, les êtres vivants ont un besoin de se sentir en résonnance avec leur environnement. Et nul doute qu’un environnement favorable, non menaçant, encourageant, soit le meilleur décor pour permettre une résonnance favorable, avec intégration naturelle des limites et des interdits évoqués ci-avant.

Il est temps de passer, de l’éducation positive à ce qu’on pourrait appeler l’éducation harmonique : le but de l’éducation canine est alors, non de conditionner un animal, encore moins de le soumettre, mais de créer une relation harmonique au sein d’un couple humain – chien : en effet, cette relation construite, tout le reste se met en place, et il n’y a plus à intervenir : mieux, il ne faut plus intervenir. Éducation harmonique, ou encore éducation réciproque, titre de l’un de nos ouvrages sur le sujet.

Manuel de l’éducateur canin72

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