Les chiens de telle race ont tel caractère

Est-il sujet qui fasse plus consensus ? Je ne crois pas. Est-il proposition qui soit plus fausse ? C’est une certitude !

Mais bien entendu, il nous faut au préalable nous entendre sur le sens du mot « caractère ». Au sens biologique, un caractère est une particularité déterminée par un gène ou une combinaison de gènes. Par exemple la couleur de la robe, le type de pelage… Et en ce sens, aucun doute : ce qui caractérise une race, c’est une collection de caractères biologiques communs, et tant que l’on en reste à cette définition, ni doute, ni problème.

Mais dans notre belle langue française, le caractère a un autre sens : il désigne la personnalité, le tempérament, la manière d’être et de se comporter, et c’est en ce sens que le mot est en général utilisé par la plupart d’entre nous, quand on parle de « caractère d’une race ». Pour avancer dans ma démonstration, j’appellerai « caractère social » cette seconde acception du mot caractère, pour la distinguer du « caractère biologique » (aucune prétention linguistique dans ma petite distinction, seulement la recherche d’un outil me permettant d’aller au bout de mon argumentation).

On dira ou on sous-entendra par exemple que les Cockers sont doux et patients, les Labradors paisibles et équilibrés, les Terriers têtus, et… que certaines races seraient plus agressives que d’autres.

Et là-dessus, tout faux ! Parler du caractère d’une race est souvent un non-sens absolu.

Les caractères biologiques du chien sont le résultat d’une sélection. Et rien n’empêche, sur un plan théorique, qu’une telle pression sélective s’exerce aussi sur le terrain du caractère social. Mais pratiquement, cela ne se produit jamais, sauf à la rigueur de manière indirecte : par exemple, quand les sujets d’une race ne sont pas sélectionnés prioritairement sur une ressemblance à profil (les biologistes parlent de phénotype), mais sur une aptitude à un travail donné.

Si vous sélectionnez des chiens pour leur aptitude à chasser des renards jusqu’au fond de leurs terriers, il y a fort à parier que le caractère social des animaux concernés se distinguera par une forte détermination, beaucoup de courage, et une certaine quantité d’individualisme.

De même, on se doute que les chiens retenus pour tirer dans les pires conditions climatiques des traîneaux lourdement chargés se trouveront presque nécessairement pourvus de caractères sociaux leur permettant d’accomplir ces performances : dans les deux cas précités, pas exactement le caractère du chien de salon dont vous rêvez (peut-être) !

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Mais aussitôt que la pression sélective cesse de porter sur une performance au travail, la seule pression qui s’exercera éventuellement, et toujours de manière indirecte, sur le caractère social, sera plus ou moins l’élimination du processus de reproduction des animaux franchement inadaptés à leur rôle d’animal de compagnie.

Ce qui est même à prévoir, c’est très rapidement un affadissement des caractères sociaux, lorsque la pression sélective ne s’exerce plus que sur des ressemblances physiques, et c’est en effet ce que l’on observe, notamment, dans les pays où cette pression s’exerce avec le plus de professionnalisme, comme c’est le cas aux États-Unis.

Tous les connaisseurs conviendront avec moi que sur le plan du caractère social et du comportement, rien ne ressemble plus à un champion américain qu’un autre champion américain, les deux champions fussent-ils l’un bichon maltais et l’autre Dogue de Bordeaux ou Berger de Brie : tous se présentent et se déplacent de la même manière, font preuve du même niveau de sociabilité (en général excellent), et d’une égale stabilité.

Sans sélection précisément sur ce point, il n’y a pas de caractère social spécifique aux races. Tout au plus peut-on trouver des spécificités au niveau des lignées ou des familles. Au sein de toutes les races, par conséquent, vous pourriez trouver des lignées affublées du pire ou du meilleur, avec une forte probabilité pour que les descendants de ces lignée reproduisent plus ou moins à l’identique, les caractéristiques comportementales de leurs géniteurs. Le caractère social n’est pas lié à la race, mais à la lignée au sein d’une race.

Avec plusieurs conséquences : l’une d’entre elles est que l’on pourrait rendre féroce, en quelques générations, n’importe quelle lignée de n’importe quelle race. Il peut s’agir d’une orientation volontaire, mais aussi, beaucoup plus souvent, d’un manque de discernement dans la sélection (voire la non-sélection) des reproducteurs.

Et la réciproque est vraie : il n’y a pas de race « dangereuse », et l’on peut transformer, là encore par sélection et très rapidement, une lignée d’une race réputée dangereuse en une autre parfaitement sociale et ne présentant aucune difficulté de comportement.

La réglementation française concernant les chiens dits d’attaque ou encore classés comme chiens de garde et de défense ne repose sur aucune base scientifique sérieuse, et les interdictions concernant certaines morphologies (chiens de première catégorie) ne sont pas autre chose qu’une application inattendue du délit « de sale gueule »…

Quand vous choisissez un nouveau compagnon pour votre famille, ne vous trompez pas dans vos critères de choix : la plastique d’une race peut vous plaire plus que celle d’une autre, et c’est là un critère de choix tout à fait raisonnable. Mais n’espérez pas de rapport certain entre race et caractère, tout simplement parce qu’il n’en existe pas.


Est-ce à dire qu’il n’y aurait aucun rapport entre les caractères et les morphologies ? La réponse est plus complexe qu’il ne semble, et si ce sujet vous intéresse et que vous êtes suffisamment nombreux à me le faire savoir, je suis prêt à développer ce point dans un prochain billet.


Michel Georgel

 

4 Comments

  1. Bonjour,
    Je suis intéressé par: Est-ce à dire qu’il n’y aurait aucun rapport entre les caractères et les morphologies ?
    Je trouve vos articles très complets et très intéressants.

    Bon weekend.

    Mr Mangin.

  2. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

  3. Bonjour,
    Je suis également intéressé pour vous écouter sur le sujet : rapport entre caractère et morphologie
    Bravo et merci pour vos articles fort intéressants

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