Les chiens n’aiment pas les chats !

C’est en effet le cas de beaucoup d’entre eux ! Peut-être du vôtre ?

Remarquez, la plupart du temps, ce manque d’amour, les chats le leur rendent bien ! Y aurait-il entre ces deux espèces une sorte d’animosité quasi naturelle ?

Une observation particulière pourrait donner à le penser : même si après beaucoup de patience et de persuasion, vous avez réussi à faire en sorte que votre chien et votre chat finissent, sinon par s’adorer, du moins par se supporter, vous l’avez constaté, cette « tolérance » ne se trouve nullement étendue, en ce qui concerne votre chien, aux autres membres de l’espèce « chat », qui, les pauvres, continueront d’être pourchassés comme vulgaire gibier.

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La réciproque étant également vraie : le fait que votre chat tolère votre chien ne prouve pas qu’il tolère… les autres chiens ! Ce qui est d’ailleurs plutôt sage de sa part, puisque de fait, ces autres chiens présentent une forte probabilité d’être pour lui des prédateurs en puissance.

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C’est qu’il faut le reconnaître avec franchise, un pourcentage significatif de chiens ne se contentent pas de ne pas aimer les chats : ils vouent à ces derniers ce qui ressemble à de la haine, une haine qui parfois, sans notre intervention, pourrait même s’avérer criminelle…

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Et d’aucuns de tenir pour avérée et quasi-naturelle une forte antipathie entre les deux espèces.

On ira même expliquer, doctement, que tout cela est un problème d’appendice caudal : le même mouvement de queue exprime un sentiment différent pour chacune des espèces, ce qui entraîne des malentendus plus ou moins irrémédiables…

Cependant, avant d’aller plus loin, je voudrais soumettre à votre sagacité cette autre observation préalable : la plupart des chiens qui n’aiment pas les chats ne montrent guère plus d’affection envers les individus des autres espèces, voire dans bien des cas, envers les autres individus de leur propre espèce…

Mais savez-vous que dans de nombreux pays les chiens ne sont ni enfermés ni attachés ? En fait, ils vivent en complète liberté, et rien ne les empêche, si l’envie les en prend, de quitter leur domicile habituel pour des vagabondages plus ou moins longs, voire quelquefois, définitifs.

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Ils ne le font d’ailleurs généralement pas. En revanche, il peut arriver que de tels « chiens libres » décident, même si c’est la première fois qu’ils vous rencontrent, de vous faire le plus pacifiquement du monde un petit brin de conduite, se comportant en tous points comme s’ils vous connaissaient depuis toujours, et comme si vous étiez leur propriétaire.

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Mais même s’ils ne vous accompagnent pas, de tels sujets ne vous feront jamais preuve de la moindre marque d’hostilité, ou de quelque attitude agressive, quand vous passez devant leur domicile. Le plus souvent, ils vous ignoreront superbement !

Rien de comparable avec nos promenades dans nos villages ou nos campagnes, où le passage de chaque portail déclenche son concert d’aboiements plus ou moins furieux, résolument hostiles, et souvent même inquiétants !

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Mais revenons à nos chats, que rassurez-vous, je n’ai garde d’oublier, et revenons aussi à ces régions du monde où les passants peuvent passer sans se faire aboyer… C’est qu’il n’y a pas que les passants que ces représentants de la race canine semblent ignorer, bien au contraire, ce comportement s’étend à la plupart des mammifères domestiques qui peuvent vaquer aux alentours, et cela vaut pour les chats, mais aussi pour chèvres, moutons, et toutes autres volailles !

C’est d’ailleurs heureux, car dans ces pays, le plus souvent, les habitants ne roulent pas sur l’or, et les animaux domestiques peuvent constituer une part significative du revenu familial ! Je ne donnerais pas cher de la peau du chien qui viendrait porter atteinte à ce revenu ! Quant au chat, on compte sur lui pour écarter les petits rongeurs : le chien qui ne respecterait pas le chat protecteur des avanies desdits rongeurs risquerait rapidement de « n’avoir plus sa place à bord » !

Maintenant, comment expliquer cette différence de comportement avec les chiens attachés et enfermés de nos pays riches ?

Une question d’éducation ? De vous à moi, ne comptez pas trop sur cela !

Ayant par le passé, personnellement vécu dans une île, où les chiens prédateurs se trouvaient systématiquement sacrifiés, les prédations pouvant devenir pratiquement une question de vie ou de mort pour les habitants, j’avais cru faire œuvre utile en proposant aux propriétaires de prédateurs d’accorder un sursis à leur animal, pour me laisser le temps d’en entreprendre l’éducation. Les propriétaires, désolés des méfaits produits par leur animal, acceptaient avec enthousiasme ma proposition !

Il est très facile d’apprendre à peu près à n’importe quel chien, par exemple chasseur naturel de volailles, de ne plus même sembler remarquer ces dernières. Avec ou sans laisse, j’en faisais la démonstration aux îliens sidérés, promenant mes « rééduqués » au milieu des poulaillers les mieux fournis : non seulement mes élèves n’attaquaient plus personne, mais c’est tout juste s’ils ne donnaient pas l’impression de vouloir surtout les éviter…

Mais un vieil îlien, plus ridé que les rochers exposés aux marées, nous avait prévenus : « Vous avez seulement appris aux chiens à ne plus chasser les poulets, en votre présence ! Vous ne pourrez jamais rien pour ce qu’ils feront quand vous ne les observerez pas… »

Au risque de peiner les âmes sensibles, je dois en faire l’aveu : c’est « l’ancien » qui avait raison, un prédateur authentique reste un prédateur, il finit toujours, tôt ou tard, par en donner la preuve…

Ce n’est donc pas l’éducation qui explique la différence des comportements. Mais il ne serait pas exact non plus de prétendre que les chiens non prédateurs naissent comme cela.

En fait, il ne s’agit pas d’éducation, mais de socialisation. Il faut revenir à l’enfance de ces chiens non prédateurs : ces derniers étaient à peine dressés sur leurs pattes, encore tremblantes et malhabiles, qu’il leur était donné de voir évoluer autour d’eux, non seulement les adultes et les enfants du voisinage, les chiens ou les chiennes plus ou moins camarades de leur mère, mais aussi des chats, des poulets qui pouvaient même aller jusqu’à picorer dans leur gamelle, et tout ce que vous voudrez bien l’imaginer comme autres animaux domestiques. Les espèces des êtres vivants rencontrés pendant cette période dite de socialisation (à partir de trois semaines) se trouvent définitivement imprimées dans le cerveau du petit animal, sinon comme espèces amies, au moins comme espèces auxquelles on ne donne pas la chasse. C’est définitif, et c’est aussi simple que cela.

Maintenant, si votre chien n’aime pas les chats, c’est qu’au cours de la même période de sa croissance, il n’en a pas rencontré : c’est définitif, et c’est aussi simple que cela ! Et cela vaut pour tous les autres animaux.

Du temps « qu’on allait encore aux baleines », et des réglementations mortifères qui n’avaient pas encore éliminés la majorité des petits éleveurs amateurs, les chiots ne naissaient pas dans les courettes grillagées de chenils professionnels, mais plutôt dans la cuisine ou l’office de l’élevage familial. Circulaient en permanence à proximité, outre les enfants de l’éleveur et les amis de ces enfants, les autres chiens de l’éleveur, mais aussi… ses chats et tous ses autres animaux… La courette de l’élevage « professionnel » ne limite pas seulement l’espace disponible, mais bien plus encore, et de façon définitive et irréversible, « l’ouverture d’esprit », qui devrait être pourtant la « marque de fabrique » du chien de compagnie.

Bien entendu, on m’objectera que les éleveurs professionnels consciencieux essayent « d’enrichir l’espace » de leurs pensionnaires. Mais si votre chien n’aime pas les chats, c’est la preuve que cet « enrichissement » n’a pas fonctionné…

Est-ce que pour autant les chiens qui supportent les chats apprécient réellement ces derniers, et les comprennent ? Pas si sûr ! En effet, les comportements de ces deux mammifères diffèrent très profondément pour certains de leurs aspects, et peuvent rendre les compréhensions réciproques plus ou moins délicates.

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Mais à cet égard, les chiens sont bien excusables, car très souvent, on découvre que les humains ne sont guère plus doués, et certains contresens ont aujourd’hui un caractère quasiment historique !

Qui ne connaît par exemple ce que les comportementalistes appellent la « loi de l’effet », inventée en 1898 par un certain Thorndike.

De quoi s’agit-il ? Ce monsieur enfermait des chats, plus ou moins affamés, dans des cages, à l’extérieur desquelles il plaçait de la nourriture. Comme les chats avaient faim, ils s’agitaient dans les cages, et finalement, par hasard, en faisaient sauter le loquet, pouvant se précipiter vers le repas tant désiré.

Mais dès le lendemain, les chats étaient à nouveau capturés, et retour à la cage, et retour à la sous-alimentation, avec tentation extérieure.

Or très rapidement, les chats se montraient de plus en plus habiles, et se jouaient de plus en plus vite de leur loquet : un apprentissage par « essais et erreurs », la preuve par neuf de la loi de l’effet.

La promesse de récompense avait permis de modifier le comportement des chats.

C’est du moins ce qu’on a cru et répété pendant des dizaines d’années. Jusqu’à ce que d’autres expériences démontrent de façon magistrale que la récompense n’avait rien à voir à l’affaire, et que les chats dans leurs cages apprenaient à venir à bout du loquet de ces cages, avec… ou sans nourriture ! Le temps d’apprentissage était le même et la « récompense » ne jouait strictement aucun rôle ! Monsieur Thorndike avait en fait gaspillé son argent !

Le seul élément nécessaire à cet apprentissage était la présence de l’autre côté de la cage d’une personne appréciée. Or, les chats, comme tous les autres félins, pour se dire bonjour, ou marquer leur affection, se frottent le museau, ou même l’ensemble du corps.

Les chats dans leurs cages, ne pouvant atteindre la personne qui les observait, se frottaient contre les barreaux, et finalement contre le verrou… finissant par provoquer son ouverture… Rien à voir avec la recherche de quelque récompense que ce soit…

Et donc, si les comportementalistes les plus célèbres et les plus souvent cités ont pu à l’occasion, commettre de tels contresens, on peut tout de même pardonner à nos chiens et nos chats de garder les uns pour les autres, une réserve polie…

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