Mon chien est un voleur de nourriture

Patatras ! Scandale à domicile ! Le poulet ! Le magnifique poulet bien chaud, amoureusement préparé pour le déjeuner ou pour le dîner, et qui attendait sagement d’être servi, le poulet n’est plus sur son plat ! Envolé, le poulet pourtant cuit !

L’histoire peut marcher tout aussi bien avec le gigot, qui ne se sera pas envolé, mais sera parti galoper, on ne sait où…, ou avec n’importe quel morceau bien appétissant !

Mais qui a volé le festin du repas familial ! Une rapide enquête ne laisse bientôt plus aucun doute ! Le principal suspect est découvert, qui croque avec enthousiasme, à moins que gavé, il n’en soit au stade du larron repu et content, qui se lèche les babines ! Le chien du foyer, aimé, gâté, choyé, vous a chapardé comme le plus minable des délinquants !

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Le plus décevant, c’est l’hypocrisie de ce comportement ! Tant que vous avez été présent, le gredin paraissait ignorer complètement votre préparation culinaire, ne semblant pas lui porter la moindre attention, le plus petit intérêt. Et puis, le téléphone, le facteur, une voisine, un enfant qui demande votre aide, le chat qui miaule au portail, n’importe quoi, vous avez répondu, sans la moindre méfiance, la moindre précaution, parfois moins d’un instant… mais cela a suffi !

Il faut se rendre à l’évidence, votre chien n’est pas seulement un petit voyou voleur, c’est aussi le plus abominable des tartuffes !

Mais est-ce aussi simple ? Et si vous aviez votre part de responsabilité dans cet « incident regrettable » ?

Voyons cela ensemble. Avez-vous déjà pensé que les ancêtres de votre compagnon préféré ont tous été des prédateurs ! Des chasseurs ? Oui, quand ils pouvaient ! Mais les chasses victorieuses ne sont quotidiennes que dans les rêves, et quand le gibier se fait rare, ou trop rapide, ou trop impressionnant, il faut bien manger tout de même. Alors les « restes » délaissés par des chasseurs plus puissants ou mieux équipés n’ont rien de méprisable, et pour peu qu’on ait l’estomac de les digérer, ce qui est précisément le cas de tous les canidés, ils peuvent devenir d’excellentes opportunités ! Et si votre chien ne comptait pas derrière lui des générations et des générations de prédateurs, prêts à faire bonne bouchée de tout ce qui passait de « mangeable » à leur portée, ce qui a permis leur survie, votre chien précisément, existerait-il aujourd’hui ?

Profiter d’une « bonne fortune », depuis des milliers et des milliers d’années, pour les canidés, cela n’a rien à voir avec quelque idée de « vol » que ce soit, c’est seulement une question de vie et de mort !

C’est que le chien qui se sert à votre place de votre repas ne voit pas exactement les choses comme vous. Vous êtes là ? Le plat est à vous, pas de contestation. Mais ce plat, vous « l’abandonnez » ? Il est donc disponible, et c’est tant pis pour vous !

– Mais comment expliquer cette feinte indifférence en ma présence ? N’est-ce pas là la pire des hypocrisies ?

Rien à voir avec de l’hypocrisie ! La « mémoire d’espèce », encore et toujours, inutile de chercher ailleurs ! Voyez-vous même ! Certains canidés chassent seuls, et par eux-mêmes. Mais d’autres, à l’occasion, par commodité peut-être, deviennent les « commensaux » de fauves plus forts qu’eux. Le fauve vient à bout de sa proie, quelquefois, cela se peut, aidé peu ou prou par ses loups commensaux. Le fauve dévore, accompagné de sa famille. Les loups attendent, discrets, plus ou moins éloignés ; un coup de griffes, c’est si vite pris ! Ils attendent, patients, sûrs que « leur tour viendra ». Mais ils savent aussi qu’ils ne doivent pas avoir l’air trop ardents ou pressés ! Les fauves se méfieraient, voudraient cacher leur proie, l’emmener avec eux, ou la dévorer plus que nécessaire ! Donc, une apparente indifférence ; pas de précipitation. Attendre que les premiers propriétaires, enfin rassasiés, sombrent dans la plus profonde des siestes ; alors agir, rapidement, subrepticement, aussi discrètement que possible…

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Exactement tout ce que vient de faire votre adorable compagnon…

Ah oui, car nous étions en train d’oublier de vous le préciser, les fauves évoqués ont très bien pu être une tribu de vos ancêtres… Et cette histoire de repas « volé » n’être après tout qu’un retour dans vos passés communs (votre passé et celui de votre chien…)

– Mais n’y a-t-il pas moyen de faire comprendre au chien moderne que la préhistoire, c’est fini, et que désormais, nous avons inventé la propriété privée ?

Plus ou moins, oui, c’est vrai. Par exemple, à tous les chiens bien élevés, on a appris ce que l’on appelle le « refus d’appât ». Un comparse jette au chien des morceaux les plus appétents, à sa droite, à sa gauche. Le chien doit montrer la plus parfaite indifférence…

Maintenant, tout à fait entre nous, même avec le chien en apparence le plus indifférent, nous nous garderons de trop d’illusions… Le refus d’appât, sur le moment ? Oui, soit. Mais dans la durée ? Au bout d’une heure, par exemple, quand il n’y a plus de surveillance… le plus vraisemblable est que tôt ou tard, la nature va finir par l’emporter sur la « civilisation »…

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– Mais les chiens de garde dressés à ne pas prendre la nourriture que leur jetteraient des voleurs, qui voudraient les empoisonner ?

Voulez-vous la vérité ? La seule façon d’être certain qu’un chien de garde ne finira pas par dévorer l’appât empoisonné est… de lui avoir donné l’occasion d’un essai, sur une quantité limitée, pour éviter l’irréparable, mais suffisante pour l’avoir sérieusement indisposé…

Pour le reste, oui, faites savoir à votre compagnon que la nourriture que vous ne lui donnez pas est à vous, et qu’il ne doit pas y toucher. Une règle qu’il respectera sans difficulté tant qu’il vous sentira suffisamment « présent » ; mais évitez, avec sagesse, les « tentations » qui iraient au-delà du raisonnable : en pensant à ce que nous venons d’évoquer, vous comprenez que ce ne serait ni plus ni moins qu’une forme de « cruauté », même involontaire ou inconsciente de votre part ! Qui serait alors réellement responsable de ce qui pourrait advenir ? À notre avis, pas votre chien !

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