Mon chien m’a mordu, mais il est venu me lécher pour me demander pardon !

Attendrissant ! Et vous, vous avez fait quoi, de cette demande de pardon ?

Parce que, bien franchement, de vous à nous, si vous avez considéré cette demande comme une manière de résoudre définitivement l’offense de la morsure, c’est peu de dire que vous avez faux, tout faux !

Tout d’abord, laissez-nous vous dire que la notion de pardon ne semble guère faire réellement partie du monde animal.

Alors insistez-vous, si ce n’est pas pour demander pardon, pourquoi me lèche-t-il ?

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C’est que dans notre inconscient, lécher est un acte de bonne volonté, voire de soumission. Ne dit-on pas « faire de la lèche à quelqu’un », avec cette idée sous-jacente que le « lécheur » veut entrer dans les bonnes grâces du « léché ».

Bon. Mais peut-on raisonnablement transposer ce comportement humain au comportement animal, sans risque d’erreur ou de (sérieux) malentendu ?

Si le chien ne lèche pas pour se faire bien voir, pourquoi le ferait-il ?

SI vous voulez, commençons par jeter un petit coup d’œil du côté de littérature (plus ou moins) spécialisée sur le sujet.

En général, comportementalistes, éducateurs, vétérinaires sont à peu près tous d’accord pour dire qu’une « agression – morsure » comporte trois phases.

Au cours d’une première phase, l’animal « prévient » : il grogne ou gronde, montre les dents…

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Et si l’adversaire, c’est à dire l’objet de ces manifestations d’inimitié ne bat pas prudemment et sagement en retraite, on entre dans la phase deux, qui est celle du combat et donc de la morsure. En principe, le mordu, à moins d’être vraiment mordu de bagarre, n’insiste pas, faisant comprendre à l’agresseur qu’il se soumet, lui offrant sa gorge, ou mieux encore, s’étant couché sur le dos, son ventre, situation que le vainqueur se garde d’exploiter, mettant tout au contraire et tout aussitôt fin à la phase agression, pour entrer dans la phase trois, qui est celle de la « détente ». Le « vainqueur » peut alors souhaiter faire comprendre au « vaincu » qu’il se satisfait du « renoncement » de ce dernier, et que ce renoncement bien établi, on pouvait revenir à un « modus vivendi » plus apaisé, et l’un des « signaux » de cette volonté d’apaisement peut aller jusqu’à lécher celui qui vient de subir la morsure.

Cela dit, que nous prendrons la liberté de discuter un peu plus loin, revenons à vous et à votre interprétation du comportement de votre « mordeur » préféré.

Généralement, sauf à être atteint de troubles qui n’entrent pas dans le cadre de la présente analyse, si le chien vous a mordu, il y a une raison à cela ; par exemple, vous avez prétendu le caresser, tandis que lui voulait dormir ; ou encore, vous avez souhaité reprendre votre place sur votre canapé préféré, où il s’était installé ; vous avez voulu récupérer quelque chose qu’il vous avait dérobé. Il vous a mordu, et vous avez cédé : vous avez renoncé à le caresser, ou à votre place, vous avez préféré lui abandonner l’objet de sa convoitise. Il a gagné, il est content, et s’il vous lèche, ce n’est donc pas du tout pour demander pardon, mais pour bien faire comprendre qu’il préfère rester votre ami, à condition toutefois que ses exigences ne soient plus discutées.

On est loin, vous en conviendrez, d’une quelconque demande de pardon ! Le début, tout au contraire, d’un engrenage de toujours plus de soumission (consciente ou non) de votre part, et d’une relation avec votre compagnon de plus en plus compliquée !

Soyons clairs : en acceptant ce « léchage », du point de vue de votre chien, vous acceptez, de fait, qu’il vous ait mordu. Parfaitement inacceptable.

Maintenant, et pour être complet, je vous dirai que j’ai quand même quelques petits problèmes avec la « version officielle ». Voyons cela, si vous le souhaitez !

D’abord, la phase un. Personnellement, et je suis prêt à parier que ce sera aussi votre cas, chaque fois que j’ai été mordu, mon agresseur a joyeusement occulté cette première phase, passant sans la moindre hésitation, et directement à la phase deux.

Bien sûr, on m’objectera que la phase un a bien eu lieu, mais que je n’ai pas su l’observer ! Admettons.

Parce que mon plus gros problème, ce n’est pas la phase un, mais la phase trois, car après plus de 50 années à avoir observé toutes sortes de chiens, et toutes sortes d’agression intraspécifiques, y compris de nombreux chiens « sans maîtres » dans de nombreux endroits différents, cette phase trois, et cela j’en suis certain, je ne l’ai tout simplement jamais constatée ! Le vaincu qui se couche sur le dos, offrant ventre et gorge, une belle histoire à la Jack London (Croc blanc) ou à la James Olivier Curwood (Kazan), mais malgré tout l’immense respect que j’éprouve pour ces immenses écrivains, à mon avis, une version romanesque fort éloignée de la réalité ! Une réalité, où le vaincu, aura pris ce qui lui reste de forces pour courir au plus vite et au plus loin, avec la ferme intention de ne plus jamais rencontrer son agresseur…

Sauf… Sauf dans un seul cas : celui des petits conflits familiaux, comme il peut s’en produire entre des parents et leurs rejetons plus ou moins indisciplinés, ou encore entre les chiots d’une même portée, ou qui du moins se ressentant comme tels. En ce cas, c’est vrai, celui qui se soumet n’a aucune envie d’une fuite définitive, puisque tout au contraire, il veut rester dans la famille. Ce que souhaite aussi le vainqueur, à condition, encore une fois, que sa volonté ne soit plus contestée !

C’est que souvent de nombreux observateurs ont été abusés par l’observation d’animaux en apparence adultes, qu’ils croyaient vivre en meute, alors qu’il s’agissait, dans les faits, d’individus d’une même famille.

Et c’est exactement ce qui se passe quand votre chien vous mord : il n’a aucune envie que vous preniez une fuite définitive ! Qui s’assurerait alors de son gîte et de son couvert ! Il veut tout au contraire continuer de constituer une « famille » avec vous ! Une famille au sein de laquelle on lui passe tous ses caprices, ce qui le rend alors assez débonnaire pour aller jusqu’à lécher ses victimes consentantes…

Une situation, qu’à mon avis, vous ne devriez accepter sous aucun prétexte… à vous de voir !

 

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