On peut sans inconvénient, couper les poils de tous les chiens de toutes les races !

Non ! On ne peut pas ! Et ce billet entend vous le démontrer !

Nul besoin d’être un spécialiste pour observer ceci : un poil animal sectionné perd rapidement, et en quelques jours ses qualités de couleur comme de rigidité.

Quiconque, avec un minimum d’objectivité, peut constater ce phénomène, mais la question qui se pose est celle-ci : pourquoi ?

En réalité pour une raison extrêmement simple, liée à la structure même du poil. C’est ce que nous allons démontrer ici.

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Un poil, c’est sous la peau, tout d’abord une « papille dermique », sorte de racine. Puis une tige, qui traverse l’épiderme (la surface de la peau, si vous préférez), et qui devient cette partie que nous pouvons observer. La tige se prolonge enfin par une partie plus fine, appelée la pointe.

Histologiquement, une coupe de la tige ferait apparaître trois zones concentriques. Tout d’abord, à l’extérieur, une couche fine, c’est la cuticule. Sous la cuticule, une couche plus épaisse, le cortex ; le cortex entoure une zone centrale, la médulla.

Qu’est-ce qui distingue, sans la moindre ambiguïté, la tige de la pointe ? C’est que dans la pointe, il n’y a plus de partie centrale, médulla ou cortex.

La cuticule est donc un cylindre ; elle comporte une seule couche de cellules non pigmentées, aplaties, kératinisées, imbriquées comme les tuiles d’un toit ou les écailles des poissons. Elle est (à peu près) imperméable.

Sous la protection de la cuticule, le cortex (comme ne le suggère que partiellement le schéma) représente la plus grande part de la tige pilaire. Il est composé de cellules contenant de la kératine et de la mélanine. Le cortex assure donc la rigidité, la solidité et la coloration du poil.

Au centre, la moelle est formée de cellules peu pigmentées et non kératinisées. La moelle apparaît aussi comme un espace relativement peu rigide et contient de l’air.

Premier point à noter : contrairement à un ongle, par exemple, la tige et la pointe d’un poil ne comprennent aucune partie vivante. Un poil n’a donc aucun moyen de se « régénérer ». (Ce qui remet « à leur place » toutes les appellations marketing de type crèmes ou shampoings régénérateurs : du marketing, oui, mais gros comme un gros mensonge !)

Mais revenons maintenant au cortex, dont nous avons compris qu’il détermine la couleur et la rigidité. Le cortex a une autre caractéristique : il aime l’eau, c’est-à-dire qu’il est hydrophile. Tant mieux, car sans eau, il se dessèche et la mélanine notamment se dégrade (d’une manière irréversible, nous l’avons compris).

Quel pourcentage d’eau dans le cortex : entre 10 et 30 %.

Avec une évidence : un poil avec 30 % d’eau paraîtra 20 % plus épais qu’un poil avec seulement 10 % d’eau. Ce qui au niveau de la fourrure est loin d’être négligeable.

D’où vient cette eau ? De la peau. Une peau épaisse avec suffisamment de matière grasse est donc absolument nécessaire à un poil de qualité.

Maintenant, si pour une raison ou une autre, la peau ne donne pas assez d’eau au poil, pourrait-on imaginer la faire venir… de l’extérieur ? Par des bains prolongés par exemple ?

La réponse est complexe. En principe, c’est non, la cuticule se présente plutôt comme une surface imperméable. Imperméable dans les deux sens d’ailleurs : elle empêche l’eau contenue dans le cortex de se perdre dans l’air par évaporation, et cela y compris dans les zones desséchées. Mais elle interdit aussi le passage de l’extérieur vers l’intérieur. Et figurez-vous que c’est plutôt une bonne chose !

Pourquoi ? Mais parce que ce fichu cortex est définitivement hydrophile ! Et 30 % d’eau, si on le laissait faire, ça ne lui suffirait pas du tout ! Il voudrait beaucoup plus !

Avec un inconvénient majeur : c’est qu’au-delà, de 30 % d’eau, non seulement la mélanine se trouve complètement (et définitivement) dégradée, mais plus grave encore, cette dégradation gagne ensuite, assez rapidement, la kératine ! Mélanine et kératine dégradées, le poil n’a plus ni tenue, ni couleur !

Pour que cet accident définitif ne se produise pas, il faut que la cuticule reste intacte et garde soigneusement, sur toute la longueur de la tige, une structure strictement continue et strictement imperméable. Dans le cas contraire, et dès qu’il existe une ou plusieurs ouvertures dans la cuticule, le cortex n’est plus protégé, le passage de l’eau est rendu possible, et le désastre pour le poil, certain.

Mais quels sont les « incidents » qui peuvent conduire à produire des « trous » dans la surface de la cuticule ?

Ils sont en réalité assez nombreux (et nous y reviendrons dans d’autres billets), mais l’un d’entre eux est plus sûrement définitif et dévastateur que tous les autres réunis : n’importe qui comprend que le fait de sectionner à n’importe quel endroit de la tige a pour effet principal de trancher brutalement la cuticule à l’endroit de la section.

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Les effets sont alors très rapides et dévastateurs ; en quelques jours, sinon quelques heures dans certains cas, la mélanine d’abord, plus la kératine contenues dans le cortex sont dégradées. Le poil n’a plus alors aucune utilité protectrice, il est laid, cassant, rêche, et particulièrement difficile à entretenir.

Il y a une façon particulièrement simple de savoir si la fourrure de votre chien est composée de poils sains, ou de poils blessés : récupérez l’un de ces derniers et posez-le sur dessus d’une bassine d’eau. Normalement, il doit flotter à la surface de l’eau. S’il coule, c’est qu’il est dégradé. Or tous les poils de tous les chiens dont on a sectionné les tiges couleraient lors de cette expérience.

Vous noterez qu’en revanche, si l’on a sectionné au niveau de la pointe, en restant suffisamment loin de la tige, il n’y a pas de nuisance à craindre. Voilà pourquoi une égalisation discrète du dernier millimètre des robes longues n’entraîne en principe pas de conséquence négative.

En savoir plus : http://audreco.com/livre/physiologie-pelage/

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