Précisions sur mon billet précédent : mon chien est frustré de relations sexuelles

Cet article est la suite de : Mon chien est frustré…de relations sexuelles !

Je vous ai dit ce que j’en pensais : pour être clair, soyons précis, au risque de paraître grivois : en l’absence d’une femelle en chaleur, le chien mâle n’a aucune préoccupation coïtale ; on peut d’ailleurs soutenir l’inverse : en présence d’une femelle en chaleur, le chien mâle ne pense plus… qu’à cela.

Donc je soutiens que votre chien mâle qui n’a jamais l’occasion de s’accoupler (ce qui est la situation de la plupart de chiens mâles dits « de compagnie ») ne souffre d’aucune sorte de frustration que ce soit, et que de votre côté, sur ce sujet en tout cas, vous pouvez dormir tranquilles. Le chien ne s’imagine jamais en situation de coït, pas même en rêve… et donc comment pourrait-il se sentir frustré de l’absence de ce qu’il ne saurait imaginer, même en rêve…

Est-ce à dire pour autant que la solitude vécue par la presque totalité des chiens de compagnie ne leur pèse pas d’une certaine façon ?

Je serais sur ce sujet beaucoup moins affirmatif !

Quoique certains continuent d’affirmer le contraire, je tiens pour l’idée que le chien moderne est le fils du loup. Or, si je suis prêt à défendre que le loup sans louve ne pense pas plus coït que votre bichon maltais, je suis en revanche persuadé que le loup sans louve vit profondément frustré : car le destin normal du loup est le même que celui de la louve, le mariage ! Le loup est né pour vivre en couple. Et pour élever les petits plus ou moins nombreux, non seulement de la dernière portée, mais aussi ceux de la portée précédente, en plus des moins dégourdis de la portée venue encore avant. Et cela jusqu’à ce que mort s’ensuive, ce qui ne manque pas de se produire toujours plus ou moins tôt dans la nature sauvage.

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Les loups heureux s’en vont donc en couple ; qu’en est-il du chien ?

C’est un peu plus compliqué.

Le chien est un animal néoténique. Un mot peu usité pour décrire une situation assez répandue dans la nature : certaines espèces atteignent la maturité sexuelle avant d’atteindre leur complète maturité physique et psychique ; et c’est exactement le cas du chien, qui peut se reproduire parfois dès l’âge de six mois, tandis que son ancêtre ne le peut guère avant d’avoir atteint sa deuxième année.

Une caractéristique des espèces néoténiques est que souvent, elles ne parviennent jamais à la maturité complète de certains autres caractères. Le chiot et le louveteau jappent et aboient de la même manière. Mais le loup adulte ne jappe plus jamais, il hurle. Le chien jappera toute sa vie, et s’il hurle parfois (rarement), il ne semble pas qu’il sache réellement pourquoi il le fait.

De la même manière, le chien ne semble pas présenter un réel souci de vie de famille. Par exemple, même s’ils vivent ensemble et qu’ils se sont accouplés, on n’observe en général pas que les parents s’associent réellement pour élever les produits de leurs amours ; c’est même souvent le contraire : en général, la femelle montre à l’égard du mâle un comportement qui éloigne ce dernier de la nichée, dont il semble d’ailleurs se désintéresser plus ou moins complètement.

Est-ce un comportement systématique et général ? Comporte-t-il des exceptions ?

Ce qui est sûr, c’est que les chiens revenus à l’état complètement sauvage, comme les dingos par exemple, reprennent un comportement de couple. Mais ce n’est pas le cas des chiens sans maîtres que j’ai pu observer personnellement.

En revanche, je confirme par expérience que beaucoup de chiens mâles adultes participent volontiers, et souvent de manière fort habile, à l’éducation des chiots plus âgés, disons à partir de l’âge du sevrage.

Les chiens sont-ils plus heureux quand ils vivent par deux, un mâle et une femelle ? C’est mon avis ; ce qui n’est en tout cas pas contestable, c’est que tous les chiens qui vivent dans ces conditions sont plus paisibles, plus équilibrés, et plus agréables à vivre que ceux qui vivent seuls dans une famille, ou qui y vivent autrement qu’une paire un mâle, une femelle.

Pour conclure, je maintiens que le chien n’a pas de besoin sexuel, et que des « maisons closes » pour chiens mâles sont une aberration intellectuelle. Ne vous souciez donc pas que votre chien n’ait jamais de « relations sexuelles ». En revanche, interrogez-vous, sans doute beaucoup plus utilement, sur l’opportunité d’une « partenaire de vie ».

Et pour tout vous dire, je pense que le fait de faire vivre un chien seul dans une famille humaine n’est certainement pas la meilleure solution pour lui : aimeriez-vous vivre seul dans une famille, mieux, une société qui ne compterait que des chiens ? Certains jours de misanthropie, peut-être…

 

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