Stériliser, oui, castrer, non !

L’avouerons-nous ? Dans notre société de tolérance et d’ouverture, on finit par avoir réellement peur d’aborder certains sujets, tant on est sûr de s’attirer les foudres des personnalités les plus tolérantes… au hasard, pour illustrer, quelques sujets qui trouveront toujours à fâcher beaucoup de monde : les ravages causés par les croquettes, la stupidité du concept de domination…

Mais il en est un sujet qui pousse l’hostilité jusqu’à son paroxysme : celui de la castration des chiens ou des chiennes ! Oserons-nous aborder ce sujet ? Oui, par devoir, mais non pas, avouons-le, sans une certaine anxiété.

Mais comme les idées du plus grand nombre sont dictées par ce qu’il faut bien appeler une certaine forme de désinformation, osons !

C’est qu’il existe un véritable lobby en faveur de la castration.

Ce lobby est en fait animé par plusieurs groupes de pression, qui pour divers qu’ils soient, n’en finissent pas moins par conjuguer leurs efforts.

Le plus violent, et à l’expérience, le plus efficace est sans doute celui des éleveurs professionnels.

Ces derniers vous soutiendront en vrac que les chiennes et les chattes n’ayant pas la capacité « d’imaginer » n’ont rien à gagner, y compris sur le plan psychologique, à l’expérience de la maternité, et qu’au contraire celle-ci serait de nature à les enlaidir, ou à leur faire prendre des risques pour leur santé… Bien entendu, l’idée de tuer dans l’œuf (presque au sens propre) tout risque de concurrence ne vient pas même effleurer l’esprit des personnes qui viennent allègrement soutenir ce que le simple bon sens vient contredire.

Mais nous, qui après des Jean-François Dortier (cofondateur et rédacteur en chef du mensuel Sciences humaines), Yves Christen (biologiste, spécialisé en neurosciences), Mark Bekoff (professeur de biologie à l’université du Colorado), Jeanne Goodall (grande observatrice notamment des chimpanzés en milieu naturel) et tant d’autres, sans oublier Darwin lui-même qui notait déjà qu’entre les animaux et les humains, les différences étaient plus de degré que de nature, nous qui souscrivons donc à cette idée que les « animaux sont des personnes », c’est-à-dire des individualités douées d’une pleine conscience et capables de choix, nous garderons de ces affirmations et certitudes par trop péremptoires, plus intéressées que réellement objectives.

Viennent ensuite les vétérinaires, en mal d’opérations… L’argumentation vétérinaire est si extraordinaire et inattendue qu’elle mérite d’être citée : les organes sexuels des animaux seraient susceptibles de se cancériser un jour ! Il paraît donc plus sage de les retirer, préventivement, le plus tôt possible ! Évidemment, le remède peut paraître définitif ! Mais en ce cas, pourquoi arrêter les opérations en si bon chemin ? Les membres, l’estomac, les intestins…

La meilleure solution pour éviter ou limiter le nombre de cancers, celle de l’interdiction de l’alimentation industrielle, n’est même pas évoquée… Allez savoir pourquoi ?

Mais non moins efficaces sont les associations de protection animale, plus ou moins discrètement, mais non moins efficacement, relayées par les pouvoirs publics. Pour ces dernières, la cause est entendue : il y a trop d’animaux, puisqu’il y a des animaux abandonnés. Logiquement, on devrait donc interdire la procréation humaine, puisqu’il y a des orphelins, ou les mariages, puisqu’il y a des divorces…

Une argumentation beaucoup plus efficace qu’on ne serait tenté de le croire… c’est ainsi qu’en France, depuis plusieurs années, le nombre de chiens, mais aussi de poissons, d’oiseaux… va s’effondrant… On prétend que ce ne serait pas le cas pour le chat. Mais est-ce vrai, ou sait-on mieux aujourd’hui les compter ?

Que doit penser le véritable ami du monde animal ?

Le point fondamental est que, nonobstant tout ce que prétendront les uns et les autres, la castration d’un mâle ou d’une femelle est une mutilation grave, une atteinte à la personnalité, et que par quelques biais qu’on prenne le problème, elle n’est jamais acceptable.

Si les « animaux sont des personnes », ce à quoi nous souscrivons complètement, nous n’avons pas plus le droit d’accepter la mutilation animale que celle des personnes de notre espèce.

Les sécrétions hormonales dont se trouve définitivement privé l’animal castré font incontestablement perdre à cet animal une part essentielle, non seulement de ses potentialités, mais en fait de sa personnalité.

La preuve est d’ailleurs que si épouvantables que soient les crimes sexuels chez les humains, la castration physique de leurs auteurs n’est jamais défendue, ni même envisagée par personne.

Envers et contre tous, il faut avoir le courage de le dire haut et fort, sauf nécessité médicale dûment démontrée, ce qui est d’ailleurs extrêmement rare, la castration de confort par notre espèce des individus d’autres espèces est une mutilation qui nous déshonore. Nous ne pouvons pas plus accepter les castrations de confort des individus d’autres espèces que l’esclavage de membres de notre propre espèce.

Mais l’autre aspect de ce problème est la maîtrise de la natalité. Les bienfaits de la vie moderne et les progrès de la science produisent chez les animaux domestiques les mêmes résultats que chez les humains : les taux de mortalité des juvéniles deviennent si faibles que sans régulation des naissances, des surpopulations deviennent certaines.

Régulation des naissances qui est donc une obligation et un devoir pour tout propriétaire ou professionnel responsable, voilà qui ne fait aucun doute.

Maintenant, la maîtrise de la natalité passe-t-elle nécessairement par la pire des solutions, la castration ?

Si c’était le cas, disons-le nettement, il faudrait s’y résoudre. Mais ce n’est précisément pas le cas, il existe d’autres solutions, et puisqu’elles existent, c’est vers ces dernières qu’il faut résolument marcher.

La première d’entre elles, sans doute la plus facile à mettre en application, est la stérilisation des mâles, ou des individus des deux sexes. Car, au contraire de la castration, la stérilisation ne porte aucunement atteinte à l’intégrité de l’individu.

Mais castration, stérilisation, voilà qui reste bien confus dans l’esprit de beaucoup. Une confusion entretenue d’ailleurs, volontairement ou non, et on ne compte plus les sites internet, qui se copiant sans doute les uns les autres, vont jusqu’à prétendre que le mot castration s’appliquerait aux mâles, la stérilisation aux seules femelles. C’est une double erreur, à doublement dénoncer donc ! D’une part, on peut parfaitement stériliser un mâle, mais surtout, ce qui sur ces sites est appelé stérilisation pour les femelles n’est aucunement une stérilisation : on nous parle en effet d’ablation des ovaires, ce qui est en réalité une très authentique castration.

Précisons ! Une castration est une mutilation c’est-à-dire une extirpation : le chirurgien extirpe les glandes sexuelles de l’animal, les testicules chez les mâles ou les ovaires chez les femelles ; ce qui a pour conséquence de détruire tout potentiel d’activité sexuelle.

Tout au contraire, la stérilisation laisse les organes sexuels intacts ; elle consiste à ligaturer les trompes quand il s’agit des femelles ou à procéder à une vasectomie pour les mâles. Qu’est-ce qu’une vasectomie ? C’est en quelque sorte le pendant de la ligature des trompes : cela consiste à bloquer ou à couper les canaux déférents, des « conduits » qui transportent les spermatozoïdes à partir des testicules. Une opération bénigne et sans conséquence, qui se pratique par exemple chez l’humain… sans anesthésie… ! Et sans quelque inconvénient que ce soit pour les messieurs ainsi stérilisés, qui conservent absolument tous les attributs de leur virilité, tout en épargnant, et de façon définitive, à leur partenaire tout souci futur de régulation des naissances… avec ce seul petit bémol, que l’opération est en principe plus ou moins irréversible… Mais il est vrai que si elle a été envisagée, c’était précisément pour son caractère irréversible…

Ce qui revient à supprimer toute possibilité de fertilité, mais tout en maintenant un comportement normal.

Mais avant de conclure, permettez-nous de faire part de notre expérience personnelle.

Nous avons toujours vécu avec de nombreux chiens des deux sexes ; nous n’avons évidemment jamais fait castrer ni même stériliser aucun d’entre eux ; or nous pouvons affirmer qu’en plusieurs décennies de cohabitation, ne nous nous sommes tout simplement jamais trouvés devant une situation de « grossesse non désirée » !

Bien sûr, nous avons observé cela autour de nous, mais jamais chez nos chiens à notre domicile. Quant aux histoires de mâles ou de femelles qui deviendraient « incontrôlables », par exemple pendant les périodes de chaleur d’une chienne, cela relève de la pure légende, ou alors d’animaux particulièrement mal socialisés, et sans la moindre éducation. Un propriétaire un peu attentif, et suffisamment proche de ses pensionnaires gérera ces « moments de nature » sans difficultés particulières… presque sans y penser !

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