Un gros chien a besoin d’espace, mais un petit chien, non ?

Voilà bien une opinion solidement ancrée dans notre inconscient collectif. Avec bien entendu ses sous-entendus et ses corollaires, que l’on peut à peu près énoncer ainsi : les appartements pour les petits chiens, mais les maisons avec jardin sont nécessaires pour les grands. Parfois, l’opinion est même plus tranchée : il serait tout simplement inconscient ou malvenu d’avoir un grand chien quand on habite un appartement.

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Comme pour des raisons géographiques, nous avons toujours habité en appartement, avec facteur aggravant si j’ose dire, des appartements plutôt en hauteur, et donc plus ou moins éloignés du rez-de-chaussée, et que tant par goût que pour raisons professionnelles, nous avons dans ces appartements toujours vécus avec de nombreux chiens, certains de petite taille, c’est vrai (caniches toy ou nains, bichons maltais, mais d’autres de gabarit plus conséquent (grands Caniches, Bergers belges), je pense pouvoir apporter utilement mon petit commentaire sur le sujet…

De grands espaces pour les grands chiens, des espaces réduits pour les petits, voilà qui semble tomber sous le sens. Notons d’ailleurs que la réglementation semble aller dans ce sens, qui impose aux pensionneurs et autres éleveurs, des courettes de taille différente pour les grands et les petits chiens. Ah, si la réglementation a parlé, et si l’on tient compte du fait que cette réglementation est le fruit de travaux de vétérinaires comportementalistes reconnus (au moins par les instances gouvernementales), on se demande ce que Monsieur tout le monde en général, et votre serviteur en particulier, pourraient bien avoir à ajouter.

Osons cependant quelques observations plus ou moins iconoclastes.

À une certaine époque, la mode (et peut-être d’ailleurs la réglementation) était pour les chenils de disposer de courettes relativement étroites, mais très longues : des rectangles, avec une petite largeur et une grande longueur. L’intention se devine : permettre aux animaux détenus des courses plus longues. Or l’observation a démontré de manière formelle que ce système était dépourvu de toute utilité : les chiens n’utilisaient qu’une toute petite partie de la courette, ne se rendant jamais ou pratiquement jamais à son extrémité.

Vous pouvez faire vous-même la même observation avec un chien détenu dans un jardin, même grand : la plupart du temps, aussitôt ses maîtres partis, le chien reste collé au portail, exactement comme s’il ne voulait surtout pas manquer une occasion d’éclater en aboiements contre un quelconque passant ; la taille du jardin n’a rien à voir à l’affaire, la plupart du temps, le chien ne le visite jamais.

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Un comportement finalement tellement reconnu, que les rédacteurs de réglementation se sont sentis contraints de modifier cette dernière, ajoutant l’obligation pour les éleveurs de disposer « d’espaces de détente » combinée avec celle de permettre à tous les animaux de s’y ébattre quotidiennement.

D’ailleurs, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, un chien, même dans un très grand jardin, développe assez rapidement une sorte de syndrome du prisonnier, précisément démontré par son comportement fou furieux derrière son portail. Le saviez-vous : dans les régions du monde (heureusement, encore nombreuses) où les chiens sont libres d’aller et venir à leur guise, sans être jamais ni attachés, ni enfermés, l’étranger, le promeneur, ou le coureur à pied peuvent aller et venir comme bon leur semble, sans déclencher le moindre aboiement, ni même la moindre hostilité d’aucun des chiens qui sommeillent sur les porches, mais bien plutôt une complète indifférence. Il faudrait pour qu’il en soit autrement que le passant ne se contente pas de passer, mais prétende franchir le seuil d’une maison…

Si donc un chien est susceptible de développer un authentique syndrome du prisonnier même dans un très grand jardin, cela suffit à démontrer que la taille de ce jardin, ou ce jardin lui-même, ne sont finalement d’aucune nécessité.

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Finalement, les jardins font surtout le plaisir des jardiniers, mais laissent les chiens relativement indifférents : ce que le chien aime, c’est être avec son maître, se promener en sa compagnie, et par-dessus tout, par-dessus tout le reste, participer à des activités avec lui.

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La question n’est donc pas l’espace dont le chien va disposer, mais « l’espace-temps » que vous allez être en mesure de lui consacrer chaque jour.

Ou pour être plus précis encore, la qualité et la régularité de cet « espace-temps ».

Il va de soi que le tour du pâté de maisons, le chien tenu en laisse, ne peut satisfaire aucun chien, ni lui suffire, et c’est vrai, une vérité qui vaut plus encore pour les grands que pour les petits.

En revanche, une promenade « dynamique », dans un espace où l’animal peut s’ébattre à sa guise, sans laisse bien sûr, comprenant des jeux (rapports de balle, sauts en longueur, en hauteur, pourquoi pas, si le chien y est initié, recherche d’objet, exercices de tirs sur boudin), et tous autres exercices que vous pouvez imaginer, voilà, soyez-en sûr, ce que votre chien va adorer !

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Un autre jeu – exercice extrêmement propice au bonheur comme au développement physique de tous les chiens est de vous faire tirer à l’aide d’un harnais adapté, sur des distances et des durées progressivement augmentées jusqu’à la demi-heure. Selon la taille du chien, et vos propres capacités physiques, vous-même marcherez, ou mieux encore, trottinerez ! Si votre chien et vous-même finissez par y prendre goût, vous pourrez même envisager d’augmenter le rythme, et pourquoi pas, penser à des compétitions…

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Quelle durée ces séances quotidiennes ? À vrai dire, il n’y a pas de règles. Cela dépend beaucoup des individus (chiens). Mais par exemple, pour ce que je connais, un grand caniche ou mieux un berger belge auront besoin d’au moins 60 minutes d’exercices par jour, pouvant être réparties en deux séances, par exemple le matin et le soir.

Bien entendu, tout ce que nous venons de dire sous-entend un certain nombre de « prérequis » : une réelle socialisation ! Une socialisation suffisante pour pouvoir abandonner, sans risque, toute idée de laisse, dès que l’on se trouve dans un espace débarrassé des risques automobiles, un bois, un parc, ou tout autre lieu adapté, par exemple… votre jardin, permettant de faire prendre de l’exercice « en liberté ». Une socialisation comprenant par conséquent un rappel sur lequel on puisse réellement compter.

Maintenant, inévitablement, et, quelle que soit votre bonne volonté, vous traverserez des moments de votre vie où ces détentes quotidiennes ou mieux biquotidiennes, vous seront impossibles. Une excellente occasion de rendre un très grand service à votre chien, en le confiant à l’un de ces promeneurs professionnels, dont l’activité tend à se développer un peu partout, notamment dans nos grandes villes. Pourquoi ? Parce que le plus souvent ces professionnels n’interviennent pas sur un seul chien, mais sur un groupe, ce qui sera pour le vôtre une formidable occasion de contacts pacifiés avec des individus de son espèce : contacts, sachez-le, qui lui sont indispensables pour le bon développement de son psychisme.

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Si bien que même si vous avez le temps de promener votre chien vous-même, confier ce travail, ou pourquoi pas, participer à une « promenade en groupe », est une excellente initiative.

Conclusion : vouloir une maison avec jardin pour avoir un grand chien est un point de départ erroné : en effet, un grand chien seul dans un grand jardin n’est pas plus heureux que le même chien seul… dans un appartement ! Oubliez le jardin, et pensez plutôt à une organisation de vie, qui vous permettra de donner à votre chien, quotidiennement, ce dont il a réellement besoin. Et pour cela, le jardin n’est ni nécessaire, ni suffisant !

Mais revenons à notre question de départ : un gros chien a besoin d’espace, mais un petit, non, et à mes confidences sur nos propres expériences de cohabitation canine. Pour avoir eu en même temps, et dans le même appartement, de grands modèles, et d’autres beaucoup plus petits, ma conclusion est sans appel : les chiens plus grands savent beaucoup mieux que les petits se faire discrets et « rester à leur place » quand c’est cela que l’on attend d’eux. C’était en tout cas le cas des nôtres. Mais il est vrai aussi que tous nos chiens, grands et petits, ont été régulièrement exercés et entraînés au moins deux fois par jour. Pour leur plus grand plaisir, mais pourquoi ne pas l’avouer, tout autant pour le nôtre !

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