Vrai ou faux : faut-il « acheter » votre prochain chien ou votre prochain chat ?

plein de chiens et chats

En France, comme d’ailleurs dans plusieurs autres pays, l’État favorise l’élevage professionnel de chiens et de chats. Il s’y prend pour cela de deux manières. D’un côté, il procède à des subventions plus ou moins déguisées, notamment par le biais de la « formation professionnelle », tandis que de l’autre, une réglementation toujours plus tatillonne conduit à faire disparaître purement et simplement toute forme d’élevage amateur familial.

Or c’est exactement le contraire qu’il faudrait pourtant faire.

En effet, l’élevage professionnel présente à peu près tous les inconvénients.

S’il est professionnel, il est nécessairement soumis aux lois de l’économie : il doit donc s’agir d’une activité économiquement équilibrée. Ce qui comporte un corollaire incontournable : il ne peut pas exister de « petit » élevage professionnel, ou dit autrement, un élevage professionnel comporte toujours un nombre respectable de reproducteurs. On considère en général que la marge moyenne brute par animal vendu (chien ou chat) est de l’ordre de 400 €, dans les conditions les plus optimales ; en retenant l’hypothèse de quatre animaux vendus par portée (ce qui est une moyenne plutôt optimiste dans beaucoup de cas), cela signifie qu’il faut au moins une portée vendue pour assurer un seul salaire payé au niveau du SMIC, soit, toujours pour assurer le règlement de ce salaire, pas moins de 12 portées par an.

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Combien faut-il de femelles pour assurer 12 portées annuelles ? Il est recommandé de ne pas dépasser deux portées en trois ans par reproductrice ; dans la réalité, les portées sont encore moins fréquentes que cela, mais retenons cette hypothèse pour le raisonnement, cela signifierait que pour 12 portées, il faut un minimum de… 18 femelles reproductrices ! 18 femelles reproductrices pour payer un seul salaire, et combien d’autres pour permettre le règlement de toutes les autres charges, à commencer par l’amortissement des installations… De quoi donner le vertige à n’importe quel cabinet comptable…

Donc, qui dit élevage professionnel dit concentration plus ou moins importante de reproductrices ; voilà pourquoi on ne devrait pas parler d’élevage professionnel, mais bien d’élevage industriel : on peut considérer qu’un élevage mérite la qualification d’industriel à partir du moment où les animaux passent en moyenne plus de la moitié de leur temps quotidien en captivité dans un enclos (ce qui est totalement contraire à la nature même tant du chien que du chat, et qui est donc une forme de violence faite aux animaux).

Or les conditions concentrationnaires imposées par l’élevage de type industriel induisent des nuisances graves tant pour les animaux que pour leur environnement.

Nous avons déjà signalé la première d’entre elles : ni le chien, ni le chat ne sont faits pour vivre en captivité. Il s’ensuit, pour des animaux soumis à des conditions de vie à ce point contraires à leurs besoins, un état de stress caractéristique, tout à fait nuisible à leur bon équilibre et à leur santé.

Mais par ailleurs, qui dit concentration dit aussi multiplication des risques sanitaires, qui ne peuvent être qu’en partie limités par des mesures prophylactiques tout à fait exorbitantes. Survaccination, surmédication, isolement extrême, sont les conditions auxquelles sont soumis tous les animaux de ce type d’élevages ; avec cela, le risque de propagation d’accidents pathogènes n’étant jamais totalement exclu, tant s’en faut. Ajoutons que de telles conditions de vie interdisent toute chance d’immunité naturelle acquise.

Autre inconvénient : la socialisation. Un animal de compagnie est d’abord un animal parfaitement socialisé, c’est-à-dire un animal qui a tout au long de sa période périnatale s’est vu offrir des contacts quotidiens, répétés, personnalisés, riches, avec des représentants de notre espèce : de tels contacts, informels, mais permanents et continus, on voudrait dire « naturels » dans le cas de l’élevage quotidien, deviennent difficiles à mettre en place pour des raisons économiques que l’on devine dans le cas de l’élevage industriel.

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La socialisation, ce n’est pas seulement le contact avec des êtres humains, c’est aussi le fait de baigner dans un environnement aussi riche, divers et varié qu’il est possible, ce qui est précisément le cas d’un environnement familial, et pas du tout celui de l’environnement appauvri de l’élevage industriel.

On peut penser tout le mal que l’on veut d’une certaine conception de l’élevage des animaux de boucherie, on ne pourra nier qu’il répond peut-être à une certaine nécessité économique. Mais le problème est qu’aucun argument de ce genre ne peut être soutenu pour ce qui concerne la production d’animaux de compagnie : il n’y a tout simplement aucune nécessité de produire des chiots ou des chatons de cette façon, puisqu’une poignée de petits éleveurs amateurs eût été largement suffisante pour satisfaire la demande.

Petits éleveurs amateurs, qui outre le fait d’une production familiale de qualité, encadrés par des organisations nationales et internationales (Société Centrale Canine, Fédération Cynologique Internationale) eussent résolu de façon bénévole et sans qu’il soit besoin d’en parler plus, la question des réadoptions, parfois rendue nécessaires par les « vicissitudes de la vie » : quel éleveur familial ne ferait pas tout pour assurer le reclassement d’un chiot ou d’un chaton issu de son élevage, si la nécessité venait à se produire ?

Du point de vue du bien-être animal, tout comme de celui de l’économie, et au risque de fâcher certains beaux esprits, il faut dénoncer l’élevage professionnel pour ce qu’il est, un élevage parasite, dont l’existence ne se prolonge que par l’artifice d’une réglementation qu’il a d’ailleurs suscité.

La seule issue pour les vrais amoureux du chat et du chien de qualité est évidente : il faut sortir de toute conception économique, trouver le moyen de produire des animaux de qualité, et les placer chez des passionnés, en dehors de tout échange économique. Après tout, était-il « moral » de « vendre » les animaux de compagnie, et de s’enrichir de la sorte ? Sans l’avoir voulu, les pouvoirs publics vont peut-être moraliser de façon définitive la distribution de l’animal de compagnie, faisant définitivement sortir celle-ci du « marché » !

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One Comment

  1. Il était temps…. Enfin quelqu’un qui pense comme moi!!!! mais la bataille sera rude!!! Et nos Metiers seront éteints avant de gagner…..

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