Vrai ou faux : mon chien défend mon bébé !

Voilà bien une affirmation que l’on peut entendre facilement prononcer par beaucoup de mamans, en même temps propriétaires de chiens, souvent de grand modèle…

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Mais la vraie question n’est pas : « est-ce vrai ? » : il n’y a aucune raison de remettre en doute ce que ces femmes observent par elle-même ! La vraie question est : jusqu’où peut-on faire confiance à un tel comportement ? Dit autrement, ce comportement protecteur est-il fiable en toutes circonstances et dans la durée ?

C’est à cette dernière question que nous allons essayer de répondre.

L’image d’Épinal du chien couché auprès du berceau, sur lequel il veille comme sur un bien précieux, et qu’il paraît prêt à défendre jusqu’au péril de sa vie est trop répandue dans notre inconscient collectif pour qu’elle ne réponde pas peu ou prou, à une certaine réalité.

Et dans le même ordre d’idées, au cinéma, mais aussi sur Internet, combien de scènes toutes plus attendrissantes les unes que les autres montrant des interactions pacifiques et heureuses entre des chiens et des enfants !

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Bien souvent, le chien n’apparaît pas seulement comme protecteur de l’enfant, mais cela va plus loin : il étonne par sa patience, sa capacité à supporter qu’on lui tire sur les poils ou les oreilles, ou encore sur les lèvres, qu’on piétine sa gamelle, qu’on vole ses jouets ! Ce qu’il ne supporterait certainement de personne, pas même de son maître adoré, il semble l’accepter avec une patience infinie de petits bourreaux parfois encore à quatre pattes…

Une conclusion un peu rapide serait de penser que le chien aime naturellement le bébé de la famille, voire, par extension, tous les enfants…

L’éthologie nous apprend que dans la famille du loup, le vrai tyran n’est pas comme il nous plaît souvent à le croire, un quelconque chef de meute, en fait le plus ancien de la bande, mais tout au contraire ses éléments les plus jeunes ! Du moment où ils commencent à marcher, les louveteaux deviennent les vrais tortionnaires de leurs parents, tout comme de leurs frères leurs aînés ! Il semble que les cadets aient tous les droits, et que tout leur soit pardonné !

Un comportement de patience et de gentillesse envers les plus jeunes de la tribu, voilà qui semble avéré, en tout cas chez le loup. Que le chien soit un descendant du loup, ou que l’un et l’autre se partagent en secret un ancêtre commun, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que ce comportement se retrouve tout ou partie chez nos chiens civilisés.

Avec cependant un certain nombre de questions. Tout d’abord, cette gentillesse des aînés envers les bambins de la famille, s’étend-elle de manière certaine aux bambins d’autres familles ?

La vérité est que personne n’en sait rien : si l’on observe de manière certaine que les lions ou encore les étalons n’ont guère de pitié pour les lionceaux ou les poulains qui ne sont pas strictement leurs descendants, les modes de vie des canidés font que la rencontre d’un loup adulte avec les petits d’une portée étrangère est une situation qui a peu de chances de n’avoir jamais été observée par quiconque.

En conséquence, il serait sans doute bien présomptueux de tenir pour certain que les sentiments montrés par un chien au bébé de la famille s’étendent naturellement à tous les bébés de toutes les familles…

Ce que l’on observe en revanche, c’est plutôt le contraire : beaucoup de chiens ne semblent pas aimer plus que cela les enfants, en tout cas tant qu’ils ne les connaissent pas. Ils paraissent au contraire plutôt les craindre, ou tout au moins préférer les éviter.

En fait, ce qui est vraisemblable, c’est que bien souvent, les chiens ont de la peine à comprendre certains comportements des enfants humains… Mais en y pensant, est-ce donc aussi étonnant que cela ? N’est-ce pas, finalement, bien souvent, aussi notre cas ?

Maintenant, un éventuel comportement protecteur du chien à l’égard de l’enfant est-il aussi atavique que cela ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un comportement d’imitation ? La capacité du chien à deviner nos sentiments, mieux, à les ressentir, à les éprouver, n’est plus à démontrer. Sans que nous en ayons conscience, la plupart de nos chiens ressentent ce que nous ressentons, ce qui les conduit à imiter et adopter nos comportements.

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Le papa, la maman, manifestent à l’égard de ce qui s’agite plus ou moins dans le berceau devant eux une véritable adoration de tendresse et d’émotion ? Voilà des sentiments que leur chien partage avec eux, presque en même temps qu’eux, même si de ce berceau, il ne perçoit que des tissus confus, et ne peut rien voir de ce qu’il contient ! Cela pourra décevoir, mais ce n’est pas tant le bébé que le chien se prend à aimer, mais l’amour manifesté par les parents.

L’animal est alors d’autant plus conduit à aller toujours plus loin dans ce sens, qu’il se sent en outre encouragé par l’expression de satisfaction des humains qui l’observent…

Si l’on accepte ce point de vue, cela entraîne une conséquence : l’acceptation, la prise en compte des limites du comportement de l’animal. Que deviendront en effet les sentiments protecteurs, en l’absence des propriétaires, et donc de leurs encouragements conscients ou inconscients ? Ils dureront ce que durent les effets de la mémoire, mais que savons-nous de certain à ce sujet ?

Voilà une raison tout à fait suffisante pour ne jamais laisser sans surveillance un chien avec un enfant, celui-ci fut-il encore un bébé ! Agir autrement relèverait de la plus profonde inconscience !

Maintenant, pour être complets, il nous faut aller plus loin. Nous vous avons signalé que les louveteaux se montrent les tyrans de leurs parents comme de leurs aînés. C’est vrai, mais cela n’a qu’un temps ! À un certain moment, la tyrannie devient insupportable pour le groupe, qui sait y mettre fin, avec une efficace sévérité ! Dès qu’il s’approche de l’âge où il pourra être emmené à la chasse, le jeune loup apprend, et parfois de manière fort rude, à respecter ses aînés ! Si les incitations verbales et autres grondements ne sont pas suffisants, ils se verront très vite explicités par des dents, qui pourront appliquer plus que de simples pincements…

Bien sûr, encore une fois, les chiens ne sont plus des loups, mais pour autant, les comportements anciens ne sont pas tous effacés : les mille et une taquineries acceptées du très jeune enfant le seront un jour beaucoup moins du même enfant qui grandit ! Mais le problème, c’est que ce qui se révélera un simple pincement sans grande conséquence pour un louveteau sauvage, pourrait bien devenir une morsure plus ou moins grave sur la chair humaine, aussi fraîche que tendre et rose.

La situation risque de se révéler d’autant plus déséquilibrée que les signaux primaires émis par le chien, les grondements de menaces par exemple, qui eussent été tout à fait explicites pour le louveteau, risquent de se trouver totalement incompris par l’enfant humain ! Il ne reste plus alors au canidé que de passer au stade supérieur de sa manifestation de mécontentement ! Mais qui sera le véritable coupable de l’éventuelle catastrophe à venir ? Le chien, qui a agi selon sa nature ? L’enfant, qui a lui aussi agi selon la sienne ? Ou les parents propriétaires, qui n’ont pas su anticiper ce qui ne pouvait manquer d’advenir ?

Voilà pourquoi, la sagesse n’est pas seulement de ne jamais laisser un bébé ou un jeune enfant avec un chien, mais plus, de ne jamais les laisser ensemble sans un minimum de surveillance !

En complément de cette sagesse, il sera bien entendu tout à fait raisonnable et même nécessaire d’apprendre le plus tôt possible à l’enfant à respecter le chien, et notamment son « domicile », niche ou panier, mais aussi ses jouets, sa nourriture… Voilà qui pourra éviter bien des déconvenues !

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« Mon chien défend mon bébé ! » Pourquoi pas, si cela vous fait du bien de le croire ? À condition que vous croyiez cela, ni trop fort et trop au pied de la lettre, ni surtout, trop longtemps…

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