Vrai ou faux : vous avez parfaitement le droit de faire reproduire votre chatte ou votre chienne !

Vous possédez une chienne ou une chatte. Par passion, ou pour faire plaisir à votre animal, ou pour n’importe quelle autre raison, vous l’avez fait reproduire (ou laisser reproduire par inadvertance, pas impossible, non plus). Bien sûr, les bébés vont bientôt grandir, et vous voudrez les céder. Aujourd’hui, c’est possible. Mais attention, une fois par an au plus. Plus d’une fois, et vous devenez d’office « éleveur professionnel ». Ce qui risque de vous compliquer, nous allons le voir, assez sérieusement l’existence…

Eh bien, profitez bien de vos dernières semaines de liberté sexuelle pour chiennes et chattes : dès le 1er janvier prochain, fini, terminé !

À compter du 1er janvier 2016, une énième loi sur ce sujet imposera à quiconque voudra céder même une seule portée, même une seule fois dans sa vie, d’avoir demandé au préalable un numéro de Siren, ce qui revient à se voir imposer un statut d’éleveur professionnel, avec pour corollaire application de toutes les réglementations et paiement de toutes les charges afférentes à une telle situation !

De quoi vous dégoûter définitivement de toute vie sexuelle, au moins pour ce qui concerne vos animaux, ce qui est d’ailleurs très exactement le but de cette législation…

Le moteur officiel de cette réglementation est toujours le même : la nécessité tellement évidente de lutter contre les abandons ! Évidemment, il est difficile de comprendre pourquoi un chien acheté chez un professionnel équipé d’un numéro de Siren (éleveur professionnel, animalerie, grossiste, importateur) serait plus difficilement abandonné qu’un chien élevé par une famille ! Mais pour le moment, oublions cette question, pour revenir au sujet des abandons.

Les abandons sont-ils réellement le problème qu’on veut nous donner à croire ?

Quand on parle abandon, on pense immédiatement à « ces méchantes personnes qui se débarrassent de leur chien sur l’autoroute » ou de n’importe quelle autre façon que vous pouvez imaginer.

Or, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’un tel scénario relève très largement du fantasme, pour une raison très simple : il a très peu de chances de se produire.

En effet, dans notre pays, l’identification des chiens et des chats est une obligation. Un chien ou un chat non identifié correspond dans les faits à une vraie cascade d’infractions. Infraction de la personne qui a procuré l’animal (il est interdit de céder un « carnivore domestique » non identifié, et cela même à titre gracieux), infraction du détenteur actuel, qui avait obligation de remédier à la carence de son fournisseur.

Or, abandonner un animal identifié ne serait pas seulement très vilain, mais serait surtout parfaitement stupide : il ne faudrait en effet que quelques minutes aux services administratifs pour retrouver le délinquant !

Les seuls animaux susceptibles d’être abandonnés au sens de ce que l’on entend par abandon sont donc ceux qui auraient échappé à l’obligation d’identification, et ils ne doivent pas être si nombreux ! La seule statistique que nous ayons pu retrouver sur ce sujet date de 2006, et elle faisait état de moins de 12 % de chiens non identifiés (par tatouage, ou puce électronique). Et il est tout à fait vraisemblable que 10 ans plus tard, ce pourcentage ait encore beaucoup baissé.

Et d’ailleurs, si c’est la question de l’identification le problème, c’est à cela qu’il faut s’attaquer, et on voit mal pourquoi l’interdiction faite à tous les propriétaires de chatte ou de chienne de faire éventuellement connaître à leur animal les joies de la maternité y changerait quelque chose.

En réalité, on ne devrait trouver dans les refuges que des animaux qui ont fugué (et dont les propriétaires devraient être très faciles à retrouver), ou des animaux qui ont été confiés à ces mêmes refuges, qui les ont d’ailleurs, très librement, acceptés !

(À moins qu’ils ne les aient volés, ce qui semble, paraît-il, se produire quelquefois… mais ne soyons pas mauvaise langue…)

On est donc fort loin de l’image traditionnelle de l’abandon, terme qui est finalement utilisé plus pour la recherche d’une dramatisation que pour la représentation d’une réalité.

Bien sûr, en première analyse, on pourra trouver choquant que des animaux ayant eu un propriétaire finissent par se retrouver dans un refuge. Mais une observation plus critique conduit à nuancer grandement ce jugement : c’est que, de même que les économistes démontrent que le « plein-emploi » total ne peut pas exister (ne serait-ce que pour tenir compte des personnes qui changent d’entreprise), le « plein-emploi » des animaux domestiques est parfaitement inconcevable.

Quelques secondes pour le démontrer !

Supposons pour le raisonnement que les 18 millions de chats et de chiens aient donc 18 millions de propriétaires, qui vivraient chacun cent ans. S’ils vivent cent ans, un pour cent de ces propriétaires cessent de le faire chaque année, et donc, très naturellement, un pour cent des 18 millions de chats et de chiens se retrouvent sans maîtres, ce qui concernera, très mécaniquement, 180 000 d’entre eux !

Si l’on ajoute à ces décès tragiques tant d’autres difficultés qui peuvent survenir dans le quotidien des propriétaires (déménagements professionnels dans des conditions qui n’acceptent pas les animaux, allergies apparaissant soudainement chez un membre de la famille, divorces ou séparations, ou encore, et cela ne peut manquer de se produire dans notre époque troublée, situation financière devenue insupportable), on se rend compte, que passées les émotions faciles, un nombre annuel de 200 000 animaux à « replacer » n’aurait rien de particulièrement anormal.

On notera d’ailleurs, contrairement à ce qui se dit souvent, un vrai sens des responsabilités de nos concitoyens, puisque les associations de protections avancent des chiffres pour les « abandons » très notablement inférieurs (100 000, nous dit-on) !

On notera aussi, que ce nombre, qui répétons-le n’aurait rien d’anormal, reste malgré tout assez peu vraisemblable.

En effet, les estimations les plus optimistes donnent à penser que les capacités maximales d’accueil de l’ensemble des refuges sur notre territoire n’excèdent pas 18 000, et sont sans doute très notablement inférieures. Mais retenons pour l’exercice ce chiffre de 18 000 : il signifierait que la durée moyenne des séjours serait de moins de deux mois, ce qui est certainement long du point de vue des intéressés, mais ne peut cependant être considéré comme catastrophique.

Toute réalité comporte sa part d’éléments désagréables, mais il faut bien reconnaître cette évidence : si l’on donne aux gens le droit de coexister avec des animaux de compagnie, il faut admettre l’idée qu’un certain pourcentage de ces animaux devront être replacés au cours de leur existence.

On se rend compte d’ailleurs que très vraisemblablement, dans une majorité de cas, ces « replacements » s’organisent « sans bruit » : les propriétaires en difficulté s’occupant eux-mêmes de trouver d’autres familles à leurs compagnons.

Il n’empêche, il est tout à fait évident que cela ne peut être un cas absolument général, et que certaines situations peuvent nécessiter une sorte d’aide organisée de manière collective : et c’est d’ailleurs exactement pour cela que sont conçus les refuges, et que ceux-ci sont considérés, à juste titre, comme « d’utilité publique ».

Maintenant, soyons lucides : de même que la seule façon de rendre impossibles les accidents routiers serait d’interdire les voitures, la seule façon de réduire à rien le nombre des animaux domestiques à « replacer » sera d’interdire leur existence.

Un « choix de société » qui semble être l’objectif final de certaines associations, ou de tels acteurs des pouvoirs publics, mais un tel projet est-il bien raisonnable ?

Donner à croire que retirer aux citoyens le droit légitime de choisir ou non de faire reproduire leurs animaux femelles aurait quelque effet sur la réalité d’animaux à replacer n’est qu’une grosse ficelle habilement tirée par les professionnels (éleveurs industriels, animaleries, importateurs et grossistes), pour s’arroger un monopole et éliminer ce qu’ils considèrent comme une « concurrence déloyale ». On est tout à fait dans le même registre que les taxis qui dénoncent Uber. Monopoles, monopoles, quels charmes sont les vôtres !

La très grande habileté de ces organisations est d’avoir su pousser en avant, pour mieux déguiser leur filouterie, les associations de protection, réussissant par la même occasion une extraordinaire opération de manipulation !

Avoir poussé les associations de protection, qui militent pourtant, et à juste titre, contre « l’animal objet » ou « l’animal marchandise », à offrir sur le plateau de leurs belles intentions le monopole absolu de la production de chiots et chatons, à l’élevage industriel et à des structures qu’elles avaient pourtant en horreur, comme les animaleries ou les importateurs, voilà un tour de force, qui laisse pantois l’observateur !

Et de fait, les chiots dans les boutiques, qui y avaient pratiquement disparu, s’y multiplient désormais ! Alors même que ce qui pouvait se justifier autrefois n’a tout simplement plus aucun sens avec l’apparition d’Internet.

Le plus triste est que cela ne fonctionnera pas. Contrairement à ce qu’ils espèrent, les professionnels ne « vendront » pas plus de chiens et encore moins de chats. Un marché ne peut exister que s’il existe dans toutes ses composantes. Un marché « amputé » de toute concurrence ne peut pas fonctionner. Les prix, comme toujours dans les situations de monopole, vont continuer d’exploser, alors même que le chien français est déjà l’un des plus chers au monde.

Les candidats propriétaires, frustrés du plaisir d’imaginer pouvoir faire reproduire leurs compagnons, seront de moins en moins enclins à donner suite à leur rêve, et de manière inéluctable, le nombre de chiens va continuer de décroître, privant ainsi notre population du bienfait de la compagnie animale.

L’étape suivante est facile à prévoir : les éleveurs du monopole, toujours plus en difficulté, adopteront tôt ou tard une stratégie « Mossanto » ; pour garantir leur monopole, et puisqu’ils n’auront plus de concurrents, ils ne vendront plus que des animaux stérilisés ou castrés.

C’est-à-dire des animaux monstrueux : en effet, la castration interviendra nécessairement avant le départ de l’élevage, et donc avant l’affirmation des caractères sexuels. De tels sujets trouveront-ils des « acheteurs » ?

Il est vrai que, quand nous en serons à ce stade, il n’y aura plus beaucoup d’abandons…

Le monde du chien ou du chat de race était hier le fait de petits et de très petits élevages familiaux, qui produisaient des animaux de qualité, en excellente santé : le moteur n’était jamais le lucre, mais la passion.

Tout ce petit monde se trouvait magnifiquement et très efficacement encadré par les clubs de race, regroupés au sein de la S.C.C. ou de la S.F.C..

La sélection se faisait par les expositions, rassemblement d’experts et de passionnés.

Que vont devenir ces « amateurs » ? Que deviendra la « passion animale » sans « amateurs » !

chiotetchaton

2 Comments

  1. Je ne suis pas d accord avec vous sur plusieurs points :
    1/ Les gens qui voudront faire reproduire leurs animaux pour. les VENDRE le pourront toujours avec mais avec un siren.
    2/ Les gens qui abandonnent leurs animaux sont malheureusement trés trés nombreux les refuges sont plein à craquer toute l année. Croyez moi, je suis bien placée pour le savoir. (enquêtrice pour la protection animale depuis 30 ans).
    3/ Vous oubliez de dire que les fourrieres de chaque ville sont obligées d en euthanasier régulièrement un grand nombre. Ces animaux (êtres sensibles) deviennent alors les rebuts de la société de consommation….
    Les fourrieres essaient de les céder aux associations mais celles ci sont bien souvent completes et débordées…..alors pensez à la suite pour eux…c est la fin du voyage !!
    Je pense que plus il y aura de traçabilité et plus les gens feront attention, avec l identificatin + le numero de siren, je trouve que c est un + pour la protection des animaux.
    4/ Vous parlez de petits elevages familiales qui font les « choses bien » ceux là n auront pas de soucis, ils pourront reproduire consciencieusement avec le siren….
    5/ Trop de gens font n importe quoi, regardez les multiples annonces sur le net, journaux ect…. Vous oubliez de dire que beaucoup de gens font de la reproduction uniquement pour l argent et ne se soucient guère du respect des animaux.
    Avec un siren, la traçabilité devient un peu plus facile.
    Faire de la reproduction est une passion, dises certains. Mais pour qui ? Pour eux mêmes ? ou pour les animaux ?
    LOF ou pas ou melanges de races complètement incontrôlées ect… Trop de gens reproduisent leurs animaux parce qu il y a un revenu.
    Allez écouter le standard telephonique d une association de protection animale, vous entendrez le nombre incroyables d abandons et d horreurs auxquelles les associations sont confrontées chaque jours et toutes l année. (Animaux au LOF ou non)
    Vous dîtes que les associations volent des animaux ??
    C est scandaleux de dire cela !!
    En ce qui me concerne et depuis 30 ans, je constate que l on refuse parfois et malheureusement des animaux car les refuges sont ARCHI COMPLET voir PAYONS même des pensions pour les y mettre en attente d adoption ou de place dans les refuges.
    Alors sachez que des animaux (surtout les grandes races) y passent tout le reste de leur vie, faute d adoptant.
    Alors, allez en voler !! ! !! Là c est vraiment comme vous dîtes de la tres mauvaise langue, mais c est surtout un manque de respect pour le travail et la volonté des associations.
    Ne pas confondre avec les demarches necessaires pour faire retirer un animal maltraité !!
    Bref, Il faut absolument gérer et faire responsabiliser sévèrement la reproduction car TROP de souffrance animale en découle.

    • Je vous remercie pour ce long commentaire, et vous avez parfaitement le droit de ne pas être d’accord avec moi, et je vous félicité pour la courtoisie de vos contradictions.
      Cela dit trois remarques
      1. Demander à un particulier d’avoir un numéro de Siren pour une portée…? Ce n’est guère envisageable pratiquement, et contrairement à ce que vous dites, leurs obligations ne se limitent pas à cela.
      2. Tous les éleveurs professionnels font par définition de la reproduction pour de l’argent, ce qui n’est pas le cas des amateurs, tels que je les définis dans mon billet.
      2. Contrairement à ce que vous dites, il est certain que certains animaux sont dérobés à leurs propriétaires par des organisations de protection. Un incident de ce genre a fait la une sur le net, avec une vidéo d’un chiot pris de force à un SDF. Mais je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il s’agit alors de cas tout à fait exceptionnels, et moi aussi, j’admire le travail des refuges.

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